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𝐀̀ 𝐩𝐫𝐨𝐩𝐨𝐬 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐯𝐢𝐞 𝐞𝐭 𝐝𝐞𝐬 𝐚𝐧𝐧𝐞́𝐞𝐬 𝐪𝐮'𝐨𝐧 𝐧'𝐚 𝐩𝐥𝐮𝐬
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๐€ฬ€ ๐ฉ๐ซ๐จ๐ฉ๐จ๐ฌ ๐๐ž ๐ฅ๐š ๐ฏ๐ข๐ž ๐ž๐ญ ๐๐ž๐ฌ ๐š๐ง๐ง๐žฬ๐ž๐ฌ ๐ช๐ฎ'๐จ๐ง ๐ง'๐š ๐ฉ๐ฅ๐ฎ๐ฌ 
Par Fouad El Mazouni
La vie, passé un certain âge, cesse de nous courir après. Elle se contente de nous regarder, un peu dubitative, pour voir ce que nous allons faire de ce qui reste. Alors on prend conscience des limites de nos ressources, de la finitude inévitable de la vie. L'intensité de cette expérience dépend du degré de satisfaction personnelle et de l'ambition de chacun. Souvent, quand on en a la conscience, en percevant la chose non comme une fatalité mais comme une source d'opportunités, on arrête les numéros de cirque. On ferme la porte aux drames en kit, aux conflits décoratifs, aux justifications qui prennent une soirée entière. On gagne enfin le droit d’être simple. Ce n’est pas spectaculaire, c’est mieux que ça.
Vient le temps du tri. On rétrécit le cercle, non par bougonnerie mais par hygiène de l’âme. Moins de monde, plus de justesse. Moins de vacarme, plus de voix vraies. Un vieux proverbe marocain conseille de demander conseil à celui qui en a fait l’expérience et non au médecin. L’expérience répète toujours la même chose. Entoure-toi de ceux devant qui tu peux te taire sans gêne.
On découvre que la paix ne se négocie pas dans les grandes déclarations, mais dans les petits renoncements quotidiens. On renonce à avoir raison sur tout. À corriger chaque erreur qui passe. À sauver ceux qui tiennent à leurs sornettes comme à un patrimoine. Un autre proverbe marocain dit de garder le silence face au sot et de laisser son ignorance se consumer d’elle-même. Ce n’est pas du mépris, c’est de l’économie d’énergie. 
Les objets suivent le même régime. On se défait des accumulations qui encombrent les pièces et la tête. Ceux qui restent ont une histoire, une utilité, une beauté sobre. Les autres dégagent. Le cœur adopte la même politique. Les souvenirs qui blessent sans instruire quittent les lieux. Ne subsistent que ceux qui éclairent, même faiblement. Montaigne voyait dans la vieillesse une façon de se retirer de soi par fragments. Il avait raison. On se déleste par morceaux jusqu’à n’être plus que l’essentiel, ou quelque chose qui s’en approche.
La parole change de poids. On parle moins, on essaie de parler mieux. On mesure que la phrase peut être un onguent ou une lame. On choisit l’onguent pour ceux qu’on aime, ce qui n’est pas toujours évident. Le reste du temps, on se tait. Les anciens, nos grands-parents, disent que la parole est d’argent et le silence d’or. Ce n’est pas une coquetterie maghrébine, c’est une règle de survie morale. On cesse de commenter chaque faribole du monde. On laisse les polémiques aux jeunes gens pressés d’avoir un avis avant d’avoir une vie. Même si avoir un avis demande des compétences et des expériences.
Les liens se raréfient, mais se densifient. On garde près de soi les êtres capables d’aller en profondeur, ceux qui supportent vos ombres, vos cris, vos retards de réponse, vos peurs pas toujours glorieuses. Le reste devient un paysage. Pas hostile, juste lointain. Le téléphone sonne moins souvent, le cœur se fatigue moins vite. On remplace la frénésie sociale par une fidélité silencieuse. Là encore, la sagesse marocaine vise juste quand elle rappelle que toute vraie amitié se reconnaît aux gestes simples.
Rien de tout cela ne signifie indifférence au monde. Au contraire. On s’indigne mieux lorsqu’on n’est plus prisonnier des querelles minuscules. Camus écrivait que celui qui espère naïvement en la condition humaine ressemble à un fou. Spinoza dirait plutôt : tu as raison Camus de te méfier de l’espérance naïve ; remplace-la par la connaissance, sinon tu demeures enchaîné à ce que tu ne maîtrises pas. Al-Maสฟarrî, qui a toujours gardé surtout un rire noir, dynamite l’espérance trompeuse en la dénonçant comme violence faite à la vérité. On finit par préférer la lucidité tendre à l’optimisme bêlant. On sait que la bêtise est incurable, mais on continue d’aider les rares qui veulent guérir de la leur. Moins nombreux, plus précieux.
Ce tri ne rend pas dur. Il rend vulnérable, mais autrement. On devient sourcilleux sur ce qui compte et indulgent pour le reste. On pardonne aux maladresses, On ferme la porte aux manipulations, poliment mais définitivement. À ceux qui vous ont côtoyé pendant des décennies et qui, soudain, vous jugent à l’aune d’un passé qu’ils déforment, simplement parce qu’il y a des choses que vous ne pouvez plus, ou ne voulez plus, leur offrir. On défend sa paix intérieure avec la fermeté d’un douanier qui aurait lu des poètes. L’autorité intime remplace l’autoritarisme. On n’attend plus que les autres devinent ce qui nous blesse. On s’éloigne, simplement.
On apprend aussi l’art délicat de laisser partir. Les personnes usées par la plainte. Les conversations qui tournent comme un ventilateur. Les obligations sociales où l’on s’ennuie de soi-même. On ne claque pas la porte, on la referme doucement. Ce qui n’apporte plus de lumière perd le droit de séjour. C’est une forme d’écologie intérieure.
Arrive alors ce que certains appellent, avec un peu d’emphase, l’art de l’indifférence. Le mot est trompeur. Il ne s’agit pas de se désintéresser de tout, mais d’accorder enfin à chaque chose la place qu’elle mérite. Les injures anonymes tombent à plat. Les jugements hâtifs glissent comme de la pluie tiède. Les tragédies inventées pour meubler les réseaux ne trouvent plus preneur. On réserve ses forces aux causes qui valent, aux visages aimés, aux fragilités qui demandent un soutien discret.
On pourrait croire ce programme austère. Il ne l’est pas. Il libère. Il rend la vie plus légère, plus respirable, presque joueuse. On redécouvre la saveur d’un café pris sans écran, le luxe d’un livre lu sans urgence, la joie d’une conversation qui ne cherche pas à gagner mais à comprendre. L’âge n’apporte pas forcément la sagesse, mais il offre une chance. Celle de choisir, enfin, ce qui mérite qu’on y laisse battre son cœur.

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