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𝐌𝐚𝐫𝐫𝐚𝐤𝐞𝐜𝐡, 𝐝𝐞𝐮𝐱 𝐣𝐨𝐮𝐫𝐬 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐫𝐞𝐬𝐩𝐢𝐫𝐞𝐫
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๐Œ๐š๐ซ๐ซ๐š๐ค๐ž๐œ๐ก, ๐๐ž๐ฎ๐ฑ ๐ฃ๐จ๐ฎ๐ซ๐ฌ ๐ฉ๐จ๐ฎ๐ซ ๐ซ๐ž๐ฌ๐ฉ๐ข๐ซ๐ž๐ซ
Par Fouad El Mazouni


Avant que le ciel ne se décide à s’ouvrir, Marrakech et le reste du pays vivaient sous un joug silencieux. Le soleil tenait la terre par la gorge. Jour après jour, il écrasait les remparts, les plaines, les douars, jusqu’à réduire le paysage à une plainte muette. Dans l’air montaient des spectres de chaleur, ces tremblements invisibles qui brouillaient l’horizon doré. On aurait dit un mirage permanent, posé sur les routes nationales, les jardins municipaux, les champs déjà en sursis.
Au-dessus des touffes jaunies, réduites à des restes de plantes, montaient de fines brumes qui flottaient un instant puis disparaissaient. Les vergers paraissaient exténués, les collines nues, les douars ralentis comme des corps sans forces. De la palmeraie de Marrakech aux plateaux du centre, tout ressemblait à un jardin dépouillé, un monde de fleurs décharnées, de pétales brûlés, de feuilles fendillées, de têtes noircies et méconnaissables. Pourtant, au milieu de cette scène de fin de saison, une cohorte de coccinelles continuait de traverser les talus et les cultures, obstinée, comme si le printemps n’avait pas encore renoncé.
๐๐ฎ๐ข๐ฌ ๐ฅ๐š ๐ฉ๐ฅ๐ฎ๐ข๐ž ๐ž๐ฌ๐ญ ๐š๐ซ๐ซ๐ข๐ฏ๐žฬ๐ž.
Deux jours seulement, et la ville a changé de visage. La cime des palmiers baignait dans une brume douce. La pluie glissait le long des jacarandas et des bigaradiers comme si chaque feuille se mettait à pleurer doucement. Les taxis levaient le nez, les enfants levaient les bras, les adultes levaient le cœur. Les pierres et les herbes semblaient chanter sous cette eau rare. Ce n’étaient pas des trombes, mais des averses hésitantes, assez généreuses pour tasser la poussière et rendre aux terrasses une pudeur oubliée. Sur Jemaa el-Fna, on aurait eu envie d’applaudir le ciel comme un chanteur revenu après un long silence.
Ce bonheur restait pourtant fragile. L’odeur de terre mouillée se faufilait dans les ruelles, les trottoirs se changeaient en miroirs friables, et l’on parlait de la pluie comme d’un invité d’honneur enfin revenu. Mais hors des remparts, la joie se teintait d’inquiétude. Entre le 12 et le 13 novembre, il n’était tombé que quelques millimètres ici ou là. De quoi rafraîchir les vergers, offrir un répit aux fourrages, polir les feuilles des oliviers. Pas de quoi réveiller le blé, l’orge, la betterave ou le colza.
La vraie saison se jouera en décembre et en janvier. À Marrakech, on sourit au ciel. Dans les douars, on sourit aussi, mais à voix basse. Deux jours de pluie remplissent les photos des téléphones, pas les silos à grain. Reste alors cette image têtue, presque douloureuse, de paysans qui continuent à lever les yeux vers le ciel. Ce n’est pas de la naïveté. En terre sèche, la dernière culture que l’on abandonne s’appelle l’espérance.

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